Val d’Amboise : quand un territoire “béni des dieux” prend son destin en main
À l’heure où beaucoup d’intercommunalités hésitent encore à se lancer dans un diagnostic économique structuré, la Communauté de communes du Val d’Amboise a fait le choix inverse : prendre du recul, objectiver ses réalités, et bâtir une feuille de route à horizon 2032. Driss Azouguach, directeur du développement économique, revient sur cette démarche menée avec Geolink Expansion.
Sur le papier, le Val d’Amboise coche beaucoup de cases. Quatorze communes, près de 30 000 habitants, une centralité autour d’Amboise, Pocé/Cisse et Nazelles-Négron, la 2e gare du département d’Indre-et-Loire, trois châteaux en centre-ville et plus de 2 millions de visiteurs chaque année. Un tissu industriel diversifié – mécanique de précision, sous-traitance aéronautique, pharmaceutique – et encore 90 hectares de réserves foncières disponibles sur sa principale zone d’activités. Bref, un territoire que rien, en apparence, ne contraignait à se remettre en question.
Mais Driss Azouguach est direct sur ce point : « Je ne dirais pas que ça marche naturellement et de façon mécanique. C’est de moins en moins le cas. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a lancé cette stratégie de développement économique ».
Le territoire a longtemps bénéficié d’un attrait quasi automatique. « On dit souvent qu’Amboise est bénie des dieux. Et c’est vrai que c’est un territoire qui a beaucoup d’atouts… mais qui s’est parfois reposé sur ses lauriers. Quand vous avez 2 millions de touristes qui viennent de façon naturelle, ça n’invite pas forcément à se requestionner ou à chercher à faire mieux ». Mais la concurrence entre territoires, les crises successives et notamment le COVID mais aussi les mutations écologiques et numériques ont changé la donne. « On ne peut plus se permettre de raisonner comme une belle endormie. Non, ce n’est plus possible. Il est indispensable de poursuivre et renforcer le développement territorial ».

Le Château royal d’Amboise vu des airs
Trois chantiers qui cristallisent les ambitions du territoire
La vraie valeur d’un diagnostic : objectiver ce qu’on pressentait
L’intuition collective existait. Ce qui manquait, c’était la preuve. Vérifier, quantifier, et surtout créer un accord partagé entre élus et techniciens avant de décider. Driss Azouguach résume l’état d’esprit du départ : « L’intérêt de ce travail, c’est d’apporter des éléments tangibles qui nous permettent de vérifier – ou pas – certaines vérités. Parce que, parfois, on pense pour évidentes certaines choses qui ne sont pas démontrées par les chiffres, et à l’inverse, on se dit que ce n’est pas possible alors que, finalement, on se rend compte qu’on peut le faire ».
Une surprise est ressortie clairement de la phase de diagnostic : l’ampleur de la diminution des emplois industriels. « On savait qu’on avait perdu des emplois industriels. Mais on n’avait pas pris la mesure de l’importance de cette perte, à la fois en valeur absolue et relative, notamment sur le ratio emplois industriels / mètres carrés construits sur le territoire ». Un signal d’alerte concret, chiffré, qui a permis d’ouvrir le débat sur une base objective plutôt qu’intuitive.
Le reste du diagnostic a largement conforté ce que les équipes et les élus pressentaient : avantage foncier différenciant face aux territoires voisins, infrastructures commerciales et hôtelières surdotées grâce à l’attractivité touristique, mais aussi freins bien réels sur le logement et la mobilité.
Une méthode co-construite, des élus dans la boucle dès le départ
L’une des forces de la démarche, selon Driss Azouguach, tient à la façon dont elle a été organisée. « Les élus ont été associés dès le départ, y compris pour le diagnostic. On avait un comité technique et un comité de pilotage. Les données ont été challengées, certaines choses ont été contestées, d’autres précisées. Et une fois qu’on a eu un diagnostic posé et accepté par tous, on a entamé la phase : maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »
Le plan d’action – une vingtaine de mesures au total – a découlé logiquement du diagnostic. Mais c’est au moment de la priorisation que les discussions ont été les plus vives. « Une fois qu’on a un plan d’action, il faut prioriser et choisir par quoi on commence, où on met les moyens. Et là, on a eu quelques échanges assez vifs parfois. Geolink Expansion, lors de cette phase, a permis de repositionner les choses, de chercher un consensus. On a finalement abouti à une feuille de route avec des actions chiffrées, définies dans le temps, et priorisées ».

Driss Azouguach, directeur du Développement économique
Trois chantiers qui cristallisent les ambitions du territoire
Parmi les priorités retenues, Driss Azouguach en distingue trois qui lui tiennent particulièrement à cœur :
- Les navettes gare-zone d’activités
Le Val d’Amboise dispose d’une gare bien connectée, mais les zones d’activités en sont éloignées, un frein récurrent au recrutement pour les entreprises locales souhaitant attirer des actifs depuis Tours ou Blois. « Des entreprises réussissaient à faire venir des candidats jusqu’à la gare, mais après, c’était bloqué. On a travaillé sérieusement sur ce sujet et , dès le mois de juin, on devrait avoir des navettes qui font l’aller-retour assez régulièrement dans la journée ». Une solution simple en apparence, mais dont la mise en œuvre avait toujours été repoussée, faute de moyens réunis au bon moment. - Un hôtel d’entreprises pour compléter le parcours résidentiel
La Communauté de communes gère en régie une pépinière d’entreprises mais il manquait un maillon dans le parcours résidentiel des entreprises : des locaux de 150 à 500 m², aujourd’hui en pénurie sur le territoire et souvent vétustes quand ils existent. « Les élus ont inscrit le projet au budget pluriannuel d’investissement de la Communauté de communes. Quelques millions fléchés pour construire un hôtel d’entreprise sur la principale zone d’activités. C’est un élément qui nous manquait vraiment pour continuer à attirer des entrepreneurs et pour répondre à ceux qui quittent la pépinière ». - Le site Mabille : une friche au cœur de la ville, à réinventer
Le site Mabille est une ancienne emprise industrielle de plus de 2 hectares, fermée depuis une trentaine d’années, dotée d’une histoire industrielle de plus de 150 ans et idéalement située au cœur d’Amboise, avec une vue directe sur le château. « C’est typiquement le genre de projet qui vous donne envie d’y aller à fond », reconnaît Driss Azouguach. Contraint par les risques d’inondation et un état dégradé, le site représente un investissement financièrement lourd. La Communauté de communes vient d’engager la création d’une ZAC pour purger les contraintes administratives, avant d’aller chercher des investisseurs privés pour développer le projet.

Au-delà du territoire : une logique de coopération interterritoriale
La démarche a aussi conforté une conviction qui s’est progressivement imposée au Val d’Amboise : certains enjeux ne se traitent pas seul. Depuis 2014-2015, la Communauté de communes travaille avec trois intercommunalités voisines – Bléré, Château-Renault et Montlouis – autour d’une stratégie d’attractivité commune. En 2019, les quatre partenaires ont candidaté ensemble au label Territoire d’Industrie, obtenu puis renouvelé. Une logique de coopération que le territoire cherche aujourd’hui à étendre au tourisme, en travaillant avec Bléré et une communauté de communes du Loir-et-Cher, Val de Cher Controis. « Les limites administratives en économie ou dans le tourisme, ça ne veut rien dire, ni pour l’entreprise, ni pour le touriste », résume Driss Azouguach.
Ce que cette démarche dit aux autres territoire
La trajectoire du Val d’Amboise illustre bien ce que peut apporter un diagnostic économique structuré : non pas découvrir l’inconnu, mais objectiver le connu, créer un accord collectif sur les faits avant de passer aux choix, et prioriser dans un contexte de ressources limitées. A la sortie, une feuille de route sur 7 à 8 ans, une vingtaine d’actions chiffrées et hiérarchisées et plusieurs projets phares sur lesquels les équipes peuvent maintenant s’engager pleinement.
« Faire du développement économique il y a 10 ou 15 ans et aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir. Ce n’est plus le même métier », conclut Driss Azouguach.
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