[PAROLE D’EXPERT] Industrie des semiconducteurs : Quelles perspectives pour les territoires français ?

En forte croissance, le marché mondial des semi-conducteurs a généré un chiffre d’affaires de 536 milliards d’euros en 2021, une augmentation de l’ordre de 25% par rapport à 2020. Une véritable opportunité pour les territoires et collectivités françaises !

Situation de marché

Le marché mondial des semi-conducteurs est en plein développement. Il a généré un chiffre d’affaires de 536 milliards d’euros en 2021, une augmentation de l’ordre de 25% par rapport à 2020. Jamais encore ce marché n’avait dépassé les 460 milliards d’euros, c’est un record historique qui s’explique par une augmentation de la demande et des prix.

La crise sanitaire et les confinements mis en place un peu partout dans le monde ont fait bondir la vente d’appareils multimédia et de communication. Avec la reprise de l’activité industrielle (notamment celle de l’automobile), les fabricants de semi-conducteurs se sont retrouvés dans une situation de sous-capacité. Le résultat est aujourd’hui une pénurie mondiale de semi-conducteurs qui met en difficulté l’économie française et européenne.

Plan d’investissement

Pour remédier à cette situation, l’Union Européenne (UE) a annoncé en février 2022 un plan d’investissement de 43 milliards d’euros pour développer l’industrie des semi-conducteurs. L’objectif est de localiser 20% de la production mondiale en Europe. Actuellement, l’ancien Continent contribue pour environ 6%, contre 73% pour l’Asie et 13% pour l’Amérique du Nord.

Plus des trois quarts des usines asiatiques sont basées à Taiwan, en Corée du Sud et au Japon. La Corée du Sud a annoncé en 2021 un plan d’investissement de plus de 410 milliards d’euros pour devenir le leader mondial de la production de semi-conducteurs. La Chine veut investir 45 milliards d’euros, car ses propres usines ne couvrent que 16% environ de la demande nationale. Les Etats-Unis prévoient, quant à eux, d’investir plus de 230 milliards d’euros.

Giga-projets de production

Plusieurs fabricants de semi-conducteurs viennent d’annoncer la création de nouveaux giga-sites de production. Intel prévoit l’implantation de deux nouvelles usines en Allemagne, soit un investissement de 17 milliards d’euros, l’extension de son site irlandais et l’ouverture d’une usine « back-end » en Italie pour respectivement 12 et 4,5 milliards d’euros. L’ogre américain veut également établir, en France, un nouveau centre de R&D avec 1 000 emplois de haute technologie à la clef et étudie l’implantation de son futur centre européen de fonderie (localisation non précisée pour le moment).

Le géant taiwanais TSMC construit, pour sa part, deux nouvelles usines pour un budget total de 19Millards d’euros. Le premier aux Etats-Unis, l’autre au Japon, et étudie la possibilité d’implanter un nouveau site en Europe. Du côté de Samsung, ce sont 175 milliards d’euros qui seront investis dans le secteur des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle.

Un besoin croissant partout dans le monde pour la conception de circuits intégrés

Besoin en conception de circuits intégrés

L’exemple d’Intel démontre que les investissements sur le marché européen ne concernent pas seulement les usines ou les sites de production. Il y a également un grand besoin pour la conception des circuits intégrés. La part de marché des concepteurs sans usine, les « fabless », a considérablement augmenté au cours des dernières années. La réalité augmentée, l’intelligence artificielle, le big data, les drones, la cobotisation, la fabrication additive et la blockchain demandent des solutions spécifiques ; L’interconnectivité, l’IOT, les systèmes de cloud (comme l’initiative franco-allemande « Gaia-X ), les quantités croissantes de données, l’arrivée de la 5G, la multiplication des réseaux communicants, la conduite autonome, ou encore le concept de la « ville intelligente » soulignent, en parallèle, la nécessité pour l’Europe de s’impliquer plus activement que jamais sur les problématiques et enjeux directement liés à la conception des circuits intégrés.

Quelle stratégie pour identifier des projets ?

Pour identifier des projets d’investissement, on peut s’intéresser à l’ensemble de la chaîne de valeur des semi-conducteurs. Si les giga-sites de production demandent des infrastructures particulières, la conception et la R&D sont à la portée de tous les territoires. Une cible potentielle sont les bureaux d’ingénieurs qui développent des semi-conducteurs en coopération avec les utilisateurs (conception et test des circuits intégrés) ; une présence locale étant souvent nécessaire voire indispensable pour faciliter le dialogue avec la clientèle. Une autre piste mène aux fournisseurs de technologies pour la production de semi-conducteurs. Au cours des dernières années, on a pu constater une diversification de l’offre qui a réduit – de 2018 à 2020 – les parts de marchés des ténors du secteur pour laisser la place à une multitude d’acteurs. Les fabricants de matières premières sont également une cible de choix : Ils maîtrisent les procédés industriels et sont en permanence à la recherche de nouveaux matériaux. Enfin, le marché de l’assemblage des semi-conducteurs (OSAT) évolue avec la création de nouvelles usines en Europe et pourrait attirer des investisseurs.

Comment faciliter les implantations ?

La pénurie actuelle de semi-conducteurs a provoqué d’importants investissements, dont une grande partie concerne la conception de circuits intégrés. Un territoire peut attirer des projets, s’il investit dans des infrastructures de recherche et de développement. Disposer de centre de compétences, d’instituts universitaires ou de partenariats technologiques, en particulier dans les domaines de la conception de semi-conducteurs, y compris logiciels EDA, de la micro et nanotechnologies ou encore de la lithographie (extrême ultraviolet) peut ainsi s’avérer déterminants pour convaincre de potentiels investisseurs.

Résumé

La France et l’Europe seront amenées à développer leurs infrastructures de recherche et développement. Compte tenu de la croissance du secteur, le budget initialement annoncé par l’UE devra probablement être revu à la hausse.

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16 ans d’expérience en développement à l’international. Anton accompagne les investisseurs étrangers dans le cadre de leur implantation en France. Il apporte son expérience et ses conseils pour optimiser le choix de site.