Interview avec Fabien Riolet – Polepharma – #RDV6

Dans le cadre de cette semaine consacrée au secteur de la santé, Geolink Expansion a sollicité Fabien Riolet, directeur général de Polepharma, pour dresser un état des lieux de la filière pharmaceutique en France et envisager avec nous les actions à mener pour redonner à la France toute sa souveraineté dans ce domaine stratégique.  En bonus, Rouen Normandy Invest et Dev’Up reviennent sur certaines des actions mises en place pour accompagner les entreprises sur leur territoire.

Pouvez-vous nous présenter votre cluster ?

Créé en 2002, Polepharma représente 53% de la production de médicaments en France. C’est, aujourd’hui, le premier cluster pharmaceutique d’Europe. Implanté sur les régions Centre – Val de Loire, Normandie et l’Ile-de-France, Polepharma rassemble plus de 300 laboratoires, fournisseurs, institutions publiques et privées, centres de recherche et de formation, soit plus de 60 000 emplois répartis sur tous les acteurs de la filière. Polepharma est également le premier exportateur de médicaments en France pour un chiffre d’affaires de plus de 25 milliards d’euros.

Quel a été l’impact de l’épidémie du coronavirus sur l’activité pharmaceutique ?

Le secteur a tenu bon notamment grâce à l’engagement des collaborateurs dont le taux de présence, depuis le début de la crise sanitaire, n’est jamais passé sous la barre des 75%. Cette véritable 2e ligne a permis de limiter les effets sur la production qui, si elle a un peu ralenti, n’a jamais été suspendue. A ce titre, je tiens à souligner le rôle prépondérant des fournisseurs et sous-traitants qui sont nombreux à travailler pour le secteur de la pharmacie, mais aussi pour d’autres filières. Lorsque Renault Cléon (76) a annoncé sa fermeture, nous avons craint que cela mette en difficulté les petits fournisseurs du secteur normand – où nous avons beaucoup d’usines pharma – mais tout le monde s’est mobilisé pour préserver l’intégrité de la supply chain.

Une organisation spécifique a-t-elle dû être mise en place ?

Toutes les entreprises de Polepharma se sont rapidement appropriés les gestes barrières et les mesures de distanciation. Le port du masque, comme la mise en place du télétravail notamment pour le personnel administratif se sont rapidement généralisés. Nous avons également intensifié la collaboration entre les sites industriels du cluster afin d’échanger sur les plans de continuation d’activité mis en place et les bonnes pratiques à adopter. En parallèle, nous avons au début du confinement joué le rôle d’intermédiaire afin de faciliter l’approvisionnement de blouses, masques, gants…

Cette crise a mis en lumière certaines faiblesses et notamment les conséquences de la désindustrialisation sur l’industrie pharmaceutique. Comment, selon vous y remédier ?

La crise sanitaire a permis une prise de conscience du gouvernement notamment sur l’intérêt de relocaliser en France la production de certains principes actifs. Beaucoup de vieilles molécules restent indispensables. Certaines ne sont plus produites que dans un seul site chinois dans le monde ! Il faut retravailler notre modèle pour avoir davantage de souveraineté et redevenir attractif. Dans le domaine des nouvelles biothérapies, plus de 85% des médicaments sont importés, principalement depuis les Etats-Unis. Si notre balance commerciale en matière de production commerciale reste excédentaire, elle se dégrade rapidement depuis trois ans pour cette raison. Il est donc urgent d’agir.

Quelles sont les actions à mettre en place pour recréer un environnement favorable ?

Pour réduire notre dépendance vis-à-vis de l’étranger, il faut tout d’abord revaloriser le prix des produits. Il s’agit parfois de quelques centimes sur une boite de génériques mais c’est ce qui peut la faire la différence pour que la production reste en France. Ensuite, il est indispensable de se doter d’une vraie vision industrielle à long terme. La France doit cesser de surtransposer les directives européennes notamment dans le domaine environnemental. Saviez-vous, par exemple, qu’un « site chimie » identique construit en Irlande et en France va coûter, principalement à cause des normes françaises en vigueur et du zèle militant de certains agents des services de l’Etat, environ 20% plus cher à maintenir dans l’Hexagone ? Pourtant, les deux pays font partie de l’Union européenne et l’Irlande n’est pas négligente en matière d’environnement ; Ils devraient donc être soumis aux mêmes contraintes.

Quels sont nos atouts ?

La France dispose, malgré tout, de nombreuses forces et notamment d’un vrai savoir-faire dans cette industrie très particulière qu’est la pharma mais également dans le domaine de la chimie. Nous avons une main d’œuvre très qualifiée et productive et un bon réseau d’organismes de formation. Le développement de cluster qui visent à créer des écosystèmes complets allant de la R&D à la production constitue également une chance pour la France et les territoires. Il n’y a pas de fatalité. Nous pouvons encore reprendre le contrôle de notre production et nous rapprocher de ceux que nous devancions il y encore peu comme l’Italie, l’Allemagne ou la Suisse… sous réserve de relancer notre production de médicaments, notamment les génériques et de mettre en place une politique favorable aux investissements. Les territoires auront, bien évidemment, un rôle majeur à jouer dans la réussite de cette stratégie.

Réfléchir en termes d’écosystèmes pour gagner en efficacité

« La crise a été l’occasion de tester la force de notre réseau. Solidaire et agile, il a permis de répondre aux besoins les plus urgents et de renforcer la coopération déjà existante avec les acteurs économiques locaux : entreprises, Région, Chambre de commerce et d’industrie… », souligne Yann Ghafourzadeh, président de Rouen Normandy Invest.  Pour apporter des solutions vraiment efficaces, l’agence a dû également raisonner en termes d’écosystèmes. « Au-delà de l’identification des producteurs de masques ou de gels hydroalcoolique, il nous fallait être certain d’être en mesure d’approvisionner les demandeurs et donc de faire en sorte que les transporteurs puissent assurer la livraison de ces produits », explique Yann Ghafourzadeh. En englobant l’ensemble de la chaine de valeurs, les actions menées ont pu gagner en efficacité. Une méthodologie sur laquelle Rouen Normandy Invest entend bien continuer de s’appuyer pour renforcer les synergies entre les différents secteurs clés présents sur le territoire : logistique, chimie, santé, portuaire et l’industrie (notamment pharmaceutique).

Une plateforme pour développer la production d’EPI en circuit court !

Afin de répondre aux besoins des acteurs économiques sur son territoire, la région Centre-Val de Loire et l’agence de développement DEV’UP ont lancé, lundi 20 avril, une nouvelle plateforme. Son objectif :

  • Recenser les compétences, outils de production, matières premières disponibles pour la fabrication d’équipements de protection (EPI) tels que masques, blouses, gels hydroalcooliques…
  • Permettre la mise en relation entre distributeurs, producteurs et professionnels de santé et entrepreneurs à la recherche de moyens de protection pour leurs salariés.

Complément idéal de la plateforme du ministère de l’Economie et des Finances, ce nouvel outil a rencontré un vif succès auprès des acteurs économiques du territoire qui sont déjà plus de 160 à l’avoir rejoint. Facile d’accès, la plateforme va non seulement permettre de répondre aux besoins les plus urgents mais également, en privilégiant les circuits courts, de redynamiser l’activité des entreprises locales, notamment celles qui ont choisi de réorienter une partie de leur production pour faire face à l’épidémie du Covid19.

Des normes Afnor spéciales Covid19 aux préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités de construction en passant par des informations sur la production ou l’approvisionnement en gels hydroalcooliques, la plateforme offre égalent une quantité de supports d’information en lien avec l’épidémie du coronavirus.

Pour en savoir plus,

https://equipements-protection-centre-valdeloire.fr/

Florian Gratien
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